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  • : Sociologie des civilisations rurales au Sénégal
  • : Mon blog cherche à vulgariser la sociologie rurale au Sénégal. Il me permet, en même temps, de mettre en ligne mes différentes activités pédagogiques à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis. De temps en temps, je présente quelques personnalités fortes de l'UGB qui ont gagné mon estime grâce à leur engagement pour la connaissance.
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  • Bouna Ahmeth FALL
  • Bouna Ahmeth Fall est sociologue. Il a été formé de la Première année au Doctorat à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Très attaché à cette institution, il y enseigne les sciences sociales depuis Dix Huit ans.
  • Bouna Ahmeth Fall est sociologue. Il a été formé de la Première année au Doctorat à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Très attaché à cette institution, il y enseigne les sciences sociales depuis Dix Huit ans.

Ce blog cherche à vulgariser la sociologie rurale au Sénégal. Bonne lecture!

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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 19:44

A l'anthropologue "en chambre", Claude Lévi-Strauss opposait cette "expérience personnelle", le terrain, gage d'une "transmutation psychologique" qui métamorphose l'ethnologue impétrant en détenteur du "sens", en "temoin". L'expérience subjective se voit transfigurée par l'alchimie d'un voyage qui, par décentrement et distanciation, doit permettre de se découvrir autre et comme à l'unisson d'une condition humaine universelle. La situation est locale, l'ascèse et le risque toujours renouvelés:" Chaque fois qu'il est sur le terrain, l'ethnologue se voit livré à un monde où tout lui est étranger, souvent hostile. Il n'a que ce moi dont il dispose encore, pour lui permettre de survivre et de faire sa recherche; mais un moi physiquement et moralement meurtri par la fatigue, la faim, l'inconfort, le heurt des habitudes acquises, le surgissement de préjugés dont il n'avait pas le soupçon; et qui de découvre lui-même, dans cette conjoncture étrange, perclus et estropié par tous les cachots d'une histoire personnelle au départ de sa vocation, mais qui, de plus, affectera désormais son cours"[ Lévi-Strauss (C.), 1973. Anthropologie structurale deux. Paris, Plon, pp.47-48. Dans la mesure où le terrain est tenu pour l'arbitre de la validité des sciences humaines et sociales, les circonstances de l'enquête et les formes d'enregistrement des données d'observation méritent un examen attentif.

En français, le concept de terrain connote plus volontiers l'idée-valeur d'une épreuve singulière heureusement surmontée qu' un travail spécialisé, quotidien et trivial, souvent cruel pour l'amour-propre. Le mot de la langue anglaise field work répond mieux de cet impératif pratique sans nier cette part d' ineffable qui introduit aux métaphores héroïques et alchimiques les plus curieuses.

L' isolement du chercheur de "plein air " qui a "planté sa tante au milieu du village" ( selon le paradigme malinowskien ) garantit par un étonnant contraste sa qualification, son insertion dans la communauté disciplinaire et la légitimité scientifique de ses propositions.

Quand il s' agit de restituer un cheminement semé d'embûches et d'impondérables de tous ordres, le silence sur les opérations effectuées paraît la contrepartie d'un type de savoir unique qui, précisément, confirme sa "particularité" d'être " fondé  sur la relation individuelle et continue d'un individu singulier avec d'autres individus singuliers, savoir issu d' un concours de circonstances à chaque fois différent, et qui n'est strictement comparable à aucun autre, pas même à celui forgé par ses prédécesseurs au contact de la même population." [ Descola (Ph.), 1994. "Rétrospections" in Gradhiva n°16, p.17]

Tout au long du XXème siècle, cette réforme adaptative de l'endettement ethnographique a fait tomber le vieil interdit aristotélicien portant sur le silence du singulier: " chaque terrain scrète ses interrogations paricilières. " Telle est la condition du métier de chercheur en sociales sociales.

" Tout son art se réduit à une perpétuelle adaptation aux hommes et aux circonstances. Le caractère des sociétés parmi lesquelles il se trouve, la nature de ses rapports avec elles doivent seuls dicter sa conduite et déterminer les conditions dans lesquelles se feront ses observations, car la valeur des documents dépend de sa souplesse d'esprit et de son intelligence" [Pourtier (R.), 1991. "Derrière le terrain, l'Etat" in Histoire de géographes, Chantal Blanc-Pamard éd. Paris, Editions du CNRS, p.96.

Yves Barel traduit les hésitations et les angoisses à se prêter à l'exercice du terrain en ces termes: "On ne préserve les richessess potientielles de l' objet qu'on approche, on ne respecte ses retournements possibles, qu'en l'approchant doucement, légèrement. Il y a quelque chose comme un sens et un goût du provisoire, du jamais-définitivement-conclusif-clôturant dans la démarche et les mots qui rendent compte. Le jeu doit pouvoir continuer à la fin de la partie. Quand les mots sont légers, ils ne pèsent pas sur eux-même, et ils se retournent; quand ils se retournent, le jeu peut reprendrent...", et d'ajouter plus loin, "il faut transformer la mise en structure théorique ou empiriqueen récit ouvert à rebondissiment; permettre ces rebondissements par la rigueur et l'honnêteté de son récit, et les appeler par la souplesse de son attitude. Bref, maîtriser l'ironie cruelle de la recherche sociale par l'ironie du chercheur sicial." [ Barel (Y.) in Marié (M.) ( postface), 1982. Un territoire sans nom. Pour une approche des sociétés locales. Paris, Méridiens, p.274

Nous ne savons pas si nous sommes arrivés à faire ce que recommande Barel mais nous pensons que, pour chaque nouveau terrain, il est nécessaire de définir une logique du sens qui sera d'autant plus impeccable et convaincante, qu'elle ne sera pas reproductible en d'autres terrains; mais qu'en même temps, chaque nouveau terrain, chaque nouvelle recherche est l'occasion d'un réamorçage de théorie.

Le monde rural permet de se livrer à cet exercice en admettant qu'il forme entité fonctionnelle répondant aux exigences d'une analyse à caractère systémique. De façon extrêmement, la démarche se résume en trois principes:

-il ne s'agit pas de critiquer les pratiques agricoles observées mais de les comprendre;

-si aberrants, contradictoires et dépourvus de sens qu'ils peuvent nous paraître, les phénomènes agicoles observés ont un sens;

-la subjectivité des paysans-agriculteur ( c'est-à-dire leur façon de choisir leurs stratégies en fonction de leur perception des contraintes pesant sur eux) est un élément capital qui, tout aussi " objectivement " que les contraintes techniques ou économiques définit leur situation.

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Published by Dr. Bouna Ahmeth Fall - dans sociologie rurale
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