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  • : Sociologie des civilisations rurales au Sénégal
  • : Mon blog cherche à vulgariser la sociologie rurale au Sénégal. Il me permet, en même temps, de mettre en ligne mes différentes activités pédagogiques à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis. De temps en temps, je présente quelques personnalités fortes de l'UGB qui ont gagné mon estime grâce à leur engagement pour la connaissance.
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  • Bouna Ahmeth FALL
  • Bouna Ahmeth Fall est sociologue. Il a été formé de la Première année au Doctorat à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Très attaché à cette institution, il y enseigne les sciences sociales depuis Dix Huit ans.
  • Bouna Ahmeth Fall est sociologue. Il a été formé de la Première année au Doctorat à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Très attaché à cette institution, il y enseigne les sciences sociales depuis Dix Huit ans.

Ce blog cherche à vulgariser la sociologie rurale au Sénégal. Bonne lecture!

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8 novembre 2005 2 08 /11 /novembre /2005 00:00

L' étude que nous avons menée se situe dans la perspective de la sociologie rurale. Celle-ci, on le sait, reste fort  attachée à l'activité agricole, au rôle de la  paysannerie dans l'effort du développement rural.

Dans cette optique, notre étude met en exergue  des phénomènes de quotidienneté. Ceux-ci  ne se laissent pas appréhender avec facilité mais posent tout au contraire de redoutables problèmes de modèle d'analyse. L'idéal consisterait-il  alors à adopter une démarche d'observation et d'analyse qui prenne en compte des faits et gestes jusque-là volontairement délaissés parce que considérés comme mineurs, anodins ou accessoires.

Cette étude  adopte la même démarche et se situe résolument dans une contribution à la théorisation et  à la modélisation autant que possible, de la  masse de données collectées sur  Niakhar. Aussi  efforçons-nous de construire un modèle d'analyse des phénomènes sociaux à Niakhar qui subit des effets de contraintes du fait de l'activité agricole.

Le danger qui guette toute entreprise de mise à plat théorique réside dans la transformation des préceptes de la théorie en recettes de cuisine. Le premier garde-fou face à la standardisation est d'admettre que dans le domaine de la sociologie rurale, il ne peut y avoir de modèles d'analyse conçus comme des outils indépendants des problématiques qu'ils servent. Expliquer l'affinité selective de tout modèle avec une problématique est en ce sens plus fécond que de tenter d'ignorer ou de cacher ce lien. Cela ne signifie pas que la pratique de la sociologie rurale est rétive à toute idée de singulariser et de dénommer des outils d'analyse particuliers mais que la réalisation d'une interprétation n'a de sens que si ce traîtement est mis au service d'hypothèses au sujet desquelles l'expérience a montré qu'il est susceptible d'apporter des éléments de réponse.

Cette remarque paraît être une évidence méthodologique fondamentale. En effet, si lors de la phase de collecte des données, l'intervention de l'extérieur se doit d'être minime dans la mesure où les faits ont une existence réelle en dehors de celle de l'observateur, le choix de la pertinence de tel ou tel ensemble de données dans l'analyse n'existe pas en dehors du chercheur et de son cadre conceptuel.

De plus, tout raisonnement  transforme inévitablement les faits en les codant: il ne peut réellement s'agir d'informations brutes, malgré la meilleure volonté du chercheur de les restituer sincèrement, parce que l'élaboration du questionnement et des hypothèses interfère et guide automatiquement le travail de collecte. Refuser d'assumer le poids du construit préalable et partir recueillir des données au hasard, "tous azimuts", en espérant qu' émergera du matériau hétéroclite et inerte rassemblé en une cohérence propre au terrain; penser que le raisonnement dynamique construit a posteriori sera façonné de  réalités empiriques puisque débarrassé du biais  et des artefacts de la collecte orientée: tout cela procède d'une méconnaissance des conditions de la production des connaissances en sciences sociales et surtout, ne tient pas compte de "l'apparent chaos" que donne à voir n'importe quel terrain, qu'il soit extérieur ou proche de soi.

Au terme d'un terrain de plusieurs mois, la phase d'analyse et d'interprétation consiste, dans un premier temps, à réaliser une synthèse des conclusions partielles, des fractions d''interprétation, des ébauches de raisonnement qui se sont échelonnées tout au long des étapes de pré-enquête et d'enquête. En effet, on ne se trouve pas à la fin de la période de terrain devant une masse de données brutes encore vierges de tout traitement, sans courir le risque de s'apercevoir, mais trop tard, que le caractère lacunaire de l'information collectée hypothèque les possibilités d'argumentation et d'analyse. S'asteindre à maintenir un lien constant entre terrain et hypothèses est une procédure essentielle, la progression des  investigations sur le premier devant alimenter la lecture critique des secondes.

Au-delà de la synthèse propement dite, la confrontation des données produites par l'analyse du discours et par le traîtement statistique est en elle même génératrice d'interprétations parce qu'elle fait converger et porter deux éclairages différents sur un même objet.

Au final,  nous avons cherché à restituer les traits caractéristiques du mode de fonctionnement  du système agraire, et des rapports qu'ils entretiennent avec son environnement extérieur selon les axes de notre cadre de recherche.

Ce cadre de recherche semble particulièrement adapté quand l'objectif de la recherche consiste, comme c'etait le cas ici, à repérer des  régularités dans les pratiques agricoles. En outre, il a permis d'accumuler, à travers des commentaires formulés par nos enquêtés, divers sentiments qui nous permettent de mieux comprendre la dynamique du système agraire. Il  n'est  toutefois pas sans limite. Tout d'abord, les données recueillies par le questionnaire sont autorapportées et souvent de l' ordre de la perception. Bien que ce genre d'étude soit très légitime et courant, bien que toutes les enquêtes aient été menées par nous-mêmes, ce qui limite les biais perceptifs et bien que nos enquêtés aient été interrogés à des fins de validation, des risques de décalage entre la réalité et la perception de la réalité persistent, ce qui doit bien entendu nous inciter à la prudence dans l'interprétation des résultats. Par ailleurs, ce cadre de recherche se heurte à un problème d' opérationnalisation des différents concepts. Il s'agissait en effet, de transformer les variables retenues sous formes d'indicateurs et de s' assurer que chacune des mesures utilisées était fidèle, c'est-à-dire mesurait avec précision et de façon constante le construit étudié.

D' une manière triviale, nous définissons le modèle d' analyse comme une façon de rendre compte de la réalité étudiée dans cette thèse. L' usage du terme implique que notre modèle doit rendre compte d'un certain nombre de causalités, relations entre des phénomènes qui ne deviennent des indicateurs pertinents et porteurs de sens qu'à la condition d' être interprétés en référence à l'environnement social, économique etc. duquel ils ont été extraits.

Cette construction pose trois types de problèmes: des problèmes d'ordre syntaxique, quels langages allons-nous utiliser pour élaborer le modèle? Des problèmes sémantiques, c'est-à-dire quel est le degré de correspondance ( de validité ) du modèle avec le système agraire niakharois, et enfin des problèmes pragmatiques liés à l'utilisation du modèle.

Dans cette perspective, la réalité étudiée (R) à savoir les dynamiques de transformation du système agraire niakharois est appréhendable à trois niveaux successifs d'élaboration des données ou de construction des faits (d): à celui de la sélection ou du recueil d' information [d(s)], à celui du traitement des informations recueillies [d(t)] à celui enfin de l' exposition sous forme de faits ou de propositions [d(e)]. D' où le relation R...{ d(s)/d(t)/d(e)}.

 Mais surtout, une enquête est fondamentalement une opération de description. L' étape de la théorie, pour être valide, implique la confrontation des faits recueillis avec d'autres faits significatifs. Ceux-ci sont souvent traduits dans un autre langage. Il peut s' agir d'informations brutes qu' il faudra traiter, ou de données déjà traitées.

Dans notre étude, l'analyse a consisté à transformer cet ensemble hétérogène {d(t)}, {d(e)} {d(s)}, en une organisation de propositions empiriques {e} conformes selon la double exigence de la preuve et de la pertinence à une organisation de propositions explicatives.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Bouna Ahmeth Fall Docteur en sociologie rurale Université Gaston Berger Saint-louis/Sénégal - dans sociologie rurale
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commentaires

Alassane savane 25/04/2006 23:40

Le modèle d'analyse  que vous avez choisi est particulièrement pertinent pour cerner votre système agraire réputé pour sa complexité.